26+27 Août 2017 | Citadelle de Namur

GIEDRE : « L’humour, ça permet d’aborder des sujets sensibles »

Actuellement en tournante (c’est comme ça qu’elle appelle sa tournée) en France, en Suisse, au Canada et en Belgique, GiedRé nous a donné rendez-vous lors de son passage à l’IncRock Festival. Avec ses boucles d’oreilles cerise et ses petites couettes, elle met en chanson des sujets durs voire parfois trashs tels que la prostitution, les violences, la maladie, avec un sourire espiègle et une certaine poésie. Rencontre avec une artiste pas ordinaire, un OCNI (Objet Chantant Non Identifié).

Par Raphaël Hautier

Quel est votre meilleur souvenir du public belge ?

G : Il y a en a beaucoup. Mais le meilleur souvenir, ça doit être en festival. Souvent les gens se déguisent à mes concerts. Des gens viennent avec des têtes de cheval (tout à fait étonnant), mais je ne juge pas car je me dis que ça doit faire partie d’une coutume locale ou quelque chose comme çà. C’est difficile de faire un top 3, car j’ai pas mal de bons souvenirs.

Où est-ce que vous puisez votre inspiration ? Quelles sont vos références ?

G : Ben chez vous pardi ! La liste est longue de ce qu’on peut prendre chez vous. On pense toujours que les trucs horribles sont de l’autre côté de la terre alors qu’on ne sait pas ce qui se passe chez nos voisins une fois que la porte est fermée ! ­

Mon inspiration, elle vient des gens que je croise dans la rue. Je trouve qu’on est une espèce fascinante, assez drôle. En tout cas, en Belgique, vous avez plus d’humour, de second degré. On sait que vous avez juste envie d’être là au concert et de passer un bon moment.

Qu’est-ce que vos études de comédie ont apporté à l’artiste que vous êtes aujourd’hui ?

G : ça m’a peut-être aidé à me débarrasser de ces questions que l’on se pose avant de monter sur scène, peut-être la question de la représentation de soi. J’avais déjà un peu conscience de toute ces choses. Peut-être que, instinctivement, ça a nourri mon envie d’avoir des décors sur scène, de faire une petite scénographie. Peut-être que ça m’a aussi aider à me projeter, à prendre conscience de mon corps, je ne sais pas.

Puis bien sûr le goût des putes et de la drogue !

Les Solidarités, c’est un festival engagé pour une société plus ouverte, plus juste, plus solidaire. Quelle vision portez-vous sur la société aujourd’hui ?

G : Je trouve que c’est vraiment bien, tout est très équitable, bien redistribué, très juste, tout ça … Il y a beaucoup de bienveillance, de l’empathie, et surtout beaucoup de justice sociale. Plus ça va, mieux c’est ! Formidable, tout est génial !

Est-ce que vous vous considérez comme une artiste engagée ?

G : Genre, est-ce que je lève le poing ?

Pas forcément, mais par exemple, est-ce que vous vous considérez comme féministe quand vous chantez « Toutes des putes » ?

G : Je ne suis pas forcément à l’aise avec le terme « engagé ». Cali est engagé parce qu’il chante au meeting de Ségolène … Donc, engagée je ne sais pas, mais concernée, ça c’est sûr !

Et pas concernée que par le droit des femmes, mais celui des hommes aussi, des vieux, et des enfants, des handicapés. Tu vois, enfin, tout le monde galère ! Pas que les femmes.

Moi j’écris des chansons sur ce que je connais le mieux, à savoir sur le fait d’avoir un utérus ! Ce n’est pas facile pour les femmes mais ce n’est pas plus facile pour les autres non plus. Je ne suis pas très fan de l’engagement sélectif et de l’indignation très ciblée, de choses qui ne concernent que nous.

Les personnes handicapées sont sensibles à vos chansons.

G : Ce que j’entends parfois, ce qu’ils me disent souvent, c’est que si je ris de tout, si je ris d’eux, c’est qu’ils font partie de tout et ne sont pas considérés comme des êtres à part. Je crois que l’humour peut permettre un certain recul pour aborder des sujets sensibles. Ça permet de les aborder sans « pathos », sans condescendance.

Et puis, je pense que certains handicapés sont des gros cons ! Je vois pas pourquoi on devrait en parler différemment parce qu’ils sont tétraplégiques. J’ai été agréablement surprise de voir que ce que je chantais était toujours bien compris de leur part. ça prouve qu’on peut rigoler sans se moquer et qu’à partir de ce moment-là, si tout le monde est d’accord, tout le monde comprend, c’est cool !

Il y a un débat pour le moment, en Belgique autour de l’assistance sexuelle des personnes handicapées.

G : Mais c’est génial, ça ! Ce serait bien qu’il y ait un débat en France. Mais en France, il n’y a pas de débat ! Il n’y a même pas l’occasion d’en parler. C’est dommage, c’est même grave de ne pas ouvrir la discussion. J’étais marraine d’un festival qui s’intitulait « Ma sexualité n’est pas un handicap » et ça traitait en gros de ce sujet-là (de l’assistanat sexuel des personnes handicapées). Mais en tout cas, sur la place publique, il ne se passe rien. Alors qu’il y a des pays voisins où c’est tout à fait acté, en Suisse par exemple, depuis longtemps. C’est trop bizarre de ne pas voir les choses qui sont là !

A force d’en faire un sujet tabou, on crée des situations tragiques avec des mères qui masturbent leur enfant de 35 ans ! C’est nul. Tout le monde le sait et on pourrait faire en sorte que ça se passe autrement. Ce ne serait pas si compliqué.

Retrouvez GiedRé aux Solidarités, le dimanche 28 août à 18 heures sur la scène du Théâtre.